Quantifier les corps: La vidéo

Vient d’être publiée la vidéo de ma conférence Quantifier les corps : vers la fin de la santé pour tous? que j’ai donnée à l’Université du Québec à Montréal le 9 février 2017, diffusée par le Regroupement TIC & Santé. Un grand merci à toute son équipe!

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Happy and healthy… in numbers!

In the presentation I am going to give at the University of Ottawa on next Wednesday I will develop the hypothesis of a growing « doctrine of well-being » that urges us to take care of our physical and mental health. Obviously driven by good intentions at first, it nevertheless also carries a plan of dismantlement of the welfare state by building a health policy fundamentally based on individual responsibility. Whether we want to do it or not, we might be forced in a near future to use data-producing devices that plan to make our bodies transparent, such as many apps on our mobile phones. We would have to prove that we did our best to take care of ourselves to be granted the access of the best heath services. We will have to be healthy and happy… in numbers!

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Je vais parler à l’occasion de ma présentation à l’Université d’Ottawa de ce mercredi de l’hypothèse d’une morale du bien-être qui attend de nous que nous prenions individuellement soin de notre santé physique et mentale. Que nous le souhaitions ou non, il se pourrait bien que nous soyons obligés dans un avenir plus ou moins proche d’utiliser des technologies de mesure en temps réel de notre santé, comme les applications qui existent déjà sur nos téléphones intelligents. Nous aurions alors à prouver que nous avons fait de notre mieux pour prendre soin de nous pour mériter d’avoir accès aux meilleures infrastructures de soin.

Les mots et les choses du numérique

Nous sommes désormais tous d’accord : avec la numérisation, notre monde a changé, malgré une indiscutable continuité. Bien que reposant plus que jamais sur un modèle capitaliste qui ne date certes pas d’hier, il a changé dans sa façon de fonctionner, mais aussi de penser et de se penser. Malgré ce consensus qui s’impose face aux faits, il reste difficile de désigner un concept fédérateur qui ne soit pas traversé par des enjeux de pouvoir sérieux, notamment commerciaux. Le concept du « big data », issu des milieux technologiques, est probablement le plus dominant, mais il n’a jamais été neutre ni scientifique. Big data, humanités digitales ou numériques, société du savoir, révolution de l’Internet, révolution numérique, disruption numérique, capitalisme informationnel, capitalisme cognitif, société de surveillance… avec quel concept les chercheurs en sciences sociales peuvent-ils alors travailler ?

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Dans Les mots et les choses (1966), Michel Foucault historicise le savoir et propose d’étudier son développement (tout sauf linéaire) depuis l’âge préclassique jusqu’à la modernité, autour du concept d’épistémè. Malgré la grande complexité de ce qui est sans doute le texte le plus dense du philosophe, Lire la suite

The order of digital things

Almost all of us agree on this point: through its digitization, our world has changed, despite an indisputable continuity. While relying on a capitalist model, it has changed in its way of functioning, but also of thinking and thinking on itself. Despite this consensus on the facts, it remains difficult to designate a unifying concept that would not be trapped in power struggles, especially commercial. The concept of « big data », originating from the technological world, is probably the most dominant one in current-days, but it has never been neutral or scientific and will never be.

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Big data, digital humanities, knowledge society, Internet revolution, digital revolution, digital disruption, information capitalism, cognitive capitalism, surveillance society … with what concept can social scientists work? During this presentation followed by a discussion with the faculty members of the STS studies department of the Cornell university, I tried to imagined what Michel Foucault could have said about the epistemology of that could have been seen a the emergence of a digital episteme.

Quel Chomsky êtes-vous?

« I do “Chomskyan linguistics”. This has nothing to do with his critiques of media and propaganda. The linguistics has NOTHING to do with communication ». C’est la réponse de notre conférencier à notre invitation à intervenir dans un cours de communication de l’UQAM ayant prévu d’aborder la perspective du philosophe linguiste. Puis, à la suite d’une projection arrosée du documentaire d’animation réalisé par Michel Gondry, où sont abordés avec Chomsky des sujets fondamentaux comme l’épistémologie et la cognition, il nous est finalement apparu pertinent de réfléchir aux liens entre les « deux Chomsky ».

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Cette conférence aura lieu le mercredi 15 mars 2017, de 15h30 à 17h30, à l’Université du Québec à Montréal, salle N-3745 (1205 Pavillon Paul-Gérin-Lajoie, rue Saint-Denis, Montréal, H2X 3R9). Lire la suite

Big data: La fin de la santé pour tous?

La puissance de calcul des algorithmes du big data et la capacité à récolter des données en masse amène de grandes promesses. L’une de celles-ci est d’améliorer la santé des individus par le biais de l’adoption de dispositifs de captation permettant la mesure de la fréquence des battements de cœur, du nombre de pas effectués dans une journée, du nombre d’heures resté debout ou assis, etc., et bientôt du taux de sucre dans le sang et de la pression sanguine. Ces données permettraient un empowerment du sujet alors capable (et se devant) désormais de prendre sa santé en main, mais aussi un meilleur suivi par les professionnels de la santé.

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Si les applications existantes et prévues sont inévitablement intéressantes, elles amènent nombre de questionnements et d’enjeux éthiques d’importance. La protection de la vie privée, bien sûr, mais aussi la remise en question d’un des piliers principaux de la solidarité sociale, le système d’assurance maladie, pourtant censé garantir un accès aux soins de façon équitable à toutes et à tous de façon inconditionnelle. Dans un climat d’austérité budgétaire, Lire la suite

Dédramatiser la recherche numérique?

Faire de la recherche en sciences sociales en utilisant des outils numériques n’est peut-être pas si compliqué que ça, malgré l’usage de mots qui intimident parfois, comme « humanités digitales », « digital research », « internet research », etc. On pourrait même dire que la plupart des chercheurs en font déjà sans même forcément s’en rendre compte. Ça peut commencer par une recherche sur Google, quand on s’interroge sur les meilleurs mots clés à utiliser, ou lorsqu’on analyse d’une page Facebook pour chercher l’inspiration pour de nouvelles thématiques de recherche.

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C’est ce dont nous tentons de convaincre les chercheurs parfois réticents dans l’article coécrit avec deux jeunes chercheurs, Digital Research and Methods For All (Researchers), paru tout récemment dans le dernier Bulletin de la société suisse de sociologie. En passant en revue rapidement les différentes méthodes couramment utilisées et en donnant quelques exemples, nous plaidons pour que ces méthodes soient dédramatisées pour se voir intégrées dans un avenir proche au sein des cursus des sciences sociale en Suisse.